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Des origines à la Pax Romana

Selon la légende, l'ancètre de Strasbourg, la bonne Argentorate, est Trébéta, fils de Sémiramis, père supposé des Trévires (Celtes de Trève) et des Triboques (Celtes de basse Alsace).

Archéologues et historiens ont fait justice de ce mythe et nous ramènent au niveau des fouilles, qui racontent que l'histoire de Strasbourg accomplit ses premiers pas dans les traces parmi les plus anciennes de la présence de l'homme en Rhénanie, il y a 700 000 ans.

Aux origines de Strasbourg ? Avant que les Romains ne prennent les choses en mains (-12 avant Jésus Christ) et ne créent Argentoratum, il y avait, sinon Argentorate bourgade celtique, du moins déjà une activité permanente précédée d'occupations sporadiques et successives par des groupes humains variés.

Contrairement à la légende tenace, les Romains n'ont pas trouvé en arrivant une forêt vierge dans laquelle quelques barbares incultes essayaient laborieusement de maintenir leurs fragiles clairières d'humanité.

Non, lorsque sont donnés les premiers coups de pelle du castrum, l'homme est présent dans le secteur depuis 700 000 ans et l'Alsace a derrière elle plus de cinq millénaires d'histoire agraire et plus de 2 000 de métallurgie.

Des groupes humains venus d'Europe Centrale et des bordures occidentales de l'Europe, de l'Atlantique et de la Manche, mais encore des bords de la Mer noire et de la Mer Egée étaient donc déjà présents en Alsace comme l'atteste la fabuleuse collection d'objets, de bijoux, d'armes, présentée par le Musée Archéologique de Strasbourg.
La Géographie commande l'histoire et ce site paraît d'emblée, complexe et pluriel.

Du site primitif de Strasbourg, l'on doit souligner deux aspects parfaitement évidents et pourtant contradictoires :
- le site est favorable car il constitue potentiellement un noeud de circulation dense par les voies fluviales et terrestres qui y sont nombreuses ;
- le site est quelconque, voire hostile : une zone essentiellement inondable ayant pour conséquence sur la santé de l'homme l'action particulièremente virulente de la malaria qui ne semble avoir été éradiquée qu'au 19o siècle !

Propice, il l'est par sa situation au centre crucial du fossé rhénan qui résulte d'effondrements successifs de la croûte terrestre datés de l'ère tertiaire. Dans ce fossé qui va de la Méditerranée au lac Mjösa en Suède, le Rhin n'est qu'un "hôte tardif".

L'apport du Rhin au site est considérable : ses alluvions alpines et ses sédiments de sable et de gravier piègent une nappe phréatique imposante.
L'eau est partout, qu'elle soit phréatique (de 2 à 8m sous le sol actuel) ou fluviale.
Elle assurera une double fonction dans l'histoire de la ville : celle de la communication par les moyens de la batellerie mais aussi de l'autre, celle de la défense naturelle.

Dernier élément, les collines calcaires au pied des Vosges qui produiront la vigne, donc le vin, lequel jouera un rôle non négligeable dans l'économie strasbourgeoise.

Le climat par contre , ne paraît pas très favorable. Il ne s'agit vraiment d'un climat tempéré océanique, mais d'un climat semi-continental aux fortes valeurs extrêmes de grand froid d'une part et, d'autre part, de forte chaleur.

Et cependant, malgré tous les arguments contraires, le site sera adopté, aménagé, développé par les générations successives et variées d'occupants.

Placé idéalement au coeur du fossé rhénan, le site offre un accès sud-nord relativement facile, le Rhin se trouvant pourvu sur ses deux rives de voies terrestres. Axe privilégié de la pénétration romaine vers le nord, le Rhin a été au Haut Moyen Age, au 12o et 13o siècles, à la Renaissance, l'épine dorsale d'une aire culturelle, économique s'étendant d'Italie du Nord aux Pays-Bas. Cette région reste aujourd'hui la plus industrieuse et la plus densément peuplée d'Europe.

Au global, un site équilibré entre les fertiles terres de loess et le Rhin. Les forêts seront défrichées, les arbres abattus, plusieurs hameaux s'établiront sur ces terres agricoles.
Pêcheurs, chasseurs, voyageurs hardis, fuyards s'aventureront sur ce site plutôt inhospitalier, mais Argentorate, établissement celte et ancêtre de Strasbourg ne précédera que de peu la naissance d'Argentoratum, camp romain.

L'histoire, les histoires de Strasbourg vont commencer...

Entre barbarie et Moyen-Âge

Les Huns ont tout cassé en 451. Satisfaits, ils ont poursuivi leur chemin. Les nouveaux maîtres Alamans sont plutôt brutaux et peu cultivés, mais ils présentent l'avantage de ne pas aimer les villes. Comme la plupart des Germains ils ont comme boisson un liquide fait d'orge ou de blé, devenu semblable à du vin en se corrompant. Bref, la ville d'Argentorate ne les intéresse pas trop. D'ailleurs, ils se font bientôt étriller à Tolbiac par les Francs. Nous sommes en 496 et Strasbourg est incorporé au royaume des Francs.
C'est à l'influence conjuguée des Alamans et des Francs que la ville va devoir sa lente restauration. Et d'abord, c'est le nom qui change progressivement : Argentoratum devient tantôt Strateburgo, Stratisburgo, Stradeburg : "la place forte de la route" et même de plus en plus "la ville des routes".
Contrairement aux Alamans païens, les Francs se sentent une fibre chrétienne. Sous l'impulsion de deux évêques remarquables, Saint Arbogast et Saint Florent, Strateburgo devient le siège d'un évêché dynamique. Une première cathédrale est érigée à l'emplacement de l'actuelle, une basilique est aménagée. La ville devient-elle pour autant une capitale ? Il semble que non, car l'une des constantes de cette ville, constatée sous les Romains et vérifiée jusque dans les temps modernes, est qu'elle est une agglomération stratégique, militaire à la vocation défensive. Pour leur résidence, les chefs Francs préfèrent leurs palais de Koenigshoffen (comme son nom l'indique !) ou de Kirchheim-Marlenheim, à la campagne...

Sous les Mérovingiens, Strasbourg ne dépasse pas le niveau d'une bourgade très moyenne de paysans et de pêcheurs, rassemblant plusieurs peuplades. Même si l'Alsace est érigée en duché autour de l'an 640, Strasbourg n'en constitue pas pour autant une capitale. Avec l'avènement des Carolingiens en 751, un dynamisme nouveau se manifeste. L'Eglise, contribue puissamment à l'essor matériel et intellectuel de la ville. Une certaine prospérité s'installe dans la ville, guère troublée par la guerre fratricide que se livrent les petits-fils de Charlemagne.

Le 14 février 842, deux d'entre eux, Louis et Charles, se liguent à Strasbourg contre le troisième, Lothaire et , fait nouveau, prononcent des serments en langue vulgaire : tudesque pour les soldats de Louis (l'ancêtre de la langue allemande), roman (français ancien) pour ceux de Charles. Ce serment constitue à la fois le plus ancien monument de la langue française et allemande.

Après cet épisode qui manifesta, lui aussi, le caractère de carrefour politique, économique et linguistique de la ville, Strasbourg fit partie de la Lotharingie s'étendant de la mer du Nord à l'Adriatique. Par le traité de Meersen en 870, elle fut rattachée au royaume de Louis, la Francie orientale ou Germanie. Saccagée par les Hongrois en 913, reconstruite sous la dynastie saxonne des Ottoniens, principalement Otton Ier, couronné empereur le 2 février 962.

Ce couronnement consacrait l'alliance du trône et de l'autel qui allait se révéler efficace pendant trois siècles. La cité peut compter sur plusieurs facteurs dynamisants : la qualité des évêques-seigneurs, l'efficacité de l'administration épiscopale, l'apparition d'une bourgeoisie d'affaires, fortunée et avide de marquer son influence nouvelle.

La ville s'étend de plus en plus et sa population a bien augmenté. Les enceintes sont étendues, les fortifications augmentées. C'est que la circulation se faisant de mieux en mieux aussi vers le Sud (ouverture du Saint-Ghotard après 1239), la cité se retrouve au carrefour d'une intense circulation nord-sud et est-ouest. Au 13o siècle, la ville connaît ainsi une ascension économique considérable, due en partie d'ailleurs au développement de la batellerie rhénane.

Le 13éme siècle strasbourgeois constitue le début d'une longue effervescence religieuse qui connaîtra son point culminant lors de la Réforme du 16éme siècle, baptisé aussi le siècle d'or.

Une soif de spiritualité saisit toutes les couches de la population. Elle s'étanche dans les paroisses de la ville, dans les mouvements considérés comme hérétiques particulièrement au contact des Ordres Mendiants, Franciscains et Dominicains.
Ceux-ci ont su constituer un clergé régulier de grande qualité spirituelle et intellectuelle qui attire respect et considération. Les dominicains bâtissent une église, puis un couvent au centre de la ville. Cet ensemble fut achevé en 1260, Maître Eckhart y assurera l'enseignement de sa théologie mystique et déjà très évangélique.

Le religieux dominait fortement l'activité intellectuelle.

Les écoles ne parvenaient qu'à un niveau médiocre où l'enseignement d'un latin assez rudimentaire et la recopie de manuscrits constituaient les temps forts. Ce sont les religieux évolués comme les Franciscains et les Dominicains qui vont faire éclater ce carcan promouvoir la créativité littéraire, philosophique, théologique et même prendre en considération la langue vulgaire.

Strasbourg connaît là une créativité assez dense mais se distingue par l'oeuvre de Gottfried de Strasbourg. Son oeuvre, pratiquement unique et inachevée est un poème de 2 000 vers : "Tristan und Isolde".

Si Gottfried de Strasbourg est bien l'auteur d'un des chefs-d'oeuvre de la littérature allemande du Moyen Age, il s'est inspiré cependant du récit de Thomas de Bretagne, poète anglo-normand qui, lui, a écrit en langue française. Cela montre bien à quel point un Strasbourgeois de cette époque pouvait déjà passer d'une langue à l'autre.

Strasbourg, l'humaniste

A Strasbourg, peut-être plus qu'ailleurs, l'humanisme a été introduit par la théologie. Comme il constitue un retour aux textes des auteurs anciens et à leur philosophie, il est probable que la ville offrait un terreau riche à l'éclosion de ce mouvement obligatoirement enraciné dans une culture de haut niveau.

Le grand précurseur de l'humanisme strasbourgeois est Jean Geiler de Kaysersberg. Plus de trente ans durant, il va exercer sa prééminence spirituelle et préparer fortement le terrain à la Réforme. Véritable tribun populaire, s'appuyant sur le "Narrenschiff" (Nef des Fous) de Sébastien Brant, il pratique une sorte de lecture critique et imagée du quotidien des habitants de Strasbourg, le tout piqueté de pointes d'humour acéré.
Sa réputation s'étant vite répandue dans l'Empire, il fut souvent appelé auprès de Maximilien Ier qui aimait lui demander conseil.

C'est d'ailleurs lui, le "Bossuet Alsacien", qui attira Sébastien Brant, Jacques Wimpfeling, Beatus Rhenanus à Strasbourg.

La figure la plus connue de l'humanisme strasbourgeois est Sébastien Brant né vers 1458 à Strasbourg, mort dans sa ville en 1522. A Bâle, il acquiert le doctorat en droit civil et en droit canon. Peu à peu il se hisse au niveau des meilleurs humanistes et devient un latiniste et helléniste éminent. C'est en février 1494 qu'il publie à Bâle, son "Das Narren schyff" long poème satirique de 7000 vers.


En août 1514, Erasme de Rotterdam, prince européen des humanistes, vient à Strasbourg. Sa visite consacre la renommée de la cité. Lui même gardera de la ville un souvenir fort : "Je voyais le gouvernement d'un seul, mais sans despotisme, une aristocratie sans factions, une démocratie dans désordres, une richesse sans luxe, un bonheur sans arrogance. Que peut-on s'imaginer de plus heureux que cette harmonie ? Oh, divin Platon, si seulement tu avais eu la chance de connaître un tel régime ; ici, en effet, il aurait été possible d'introduire ton Etat idéal"...

Au début du 16éme siècle, le ciel se charge d'orage sur Strasbourg, comme sur la plus grande partie de l'Europe. La chrétienté est secouée par les ondes de choc successives émises par le mouvement tant socio-politique que religieux qu'est la Réforme.

Le message de Luther semblait limpide : tout était recentré sur un Evangile accessible à tous, sur la foi qui abolissait les distinctions entre les clercs et les laïcs, sur une Eglise qui n'était plus un pouvoir insaisissable, mais une réalité intégrée au coeur même de la cité.

Strasbourg, l'une des capitales européennes de l'imprimerie, va contribuer puissamment à diffuser, en ville mais encore plus à l'étranger, tous les écrits, libelles, traités et surtout les exemplaires du Nouveau Testament.

Mais plus encore que l'écrit, c'est la chaire qui est forte dans cette ville. Les étoiles au firmament de la cité sont les prédicateurs de l'Evangile.

Leurs prédications n'étaient pas plus révolutionnaires que le message de l'évangile de Jésus, mais sûrement tout autant : libération de l'homme soumis aux jougs religieux ou politiques injustes, affirmation du primat de l'amour contre la loi, dénonciation des abus ecclésiastiques, affirmation d'une étique reposant sur la fraternité sociale et la justice, d'une foi vivante personnelle contre une religiosité obligatoire...


Nulle part, dans toute l'Alsace, le terrain ne fut plus favorable à la Réforme qu'à Strasbourg, et nulle part aussi, les événements ne modifièrent plus profondément une situation politique que dans le Ville libre, sous l'influence de cette même Réforme.
Assurément Strasbourg occupait, au début du seizième siècle, une belle place parmi les grandes cités du Saint-Empire. La période dans laquelle nous entrons est l'âge d'Or, le point culminant de l'histoire de la Ville-libre"

Les changements s'étaient accomplis jusque-là sans grands troubles. Il en alla de manière plus extrémiste à la campagne.
Des prédicateurs radicalistes venus de Strasbourg prêchèrent dans les campagnes un amalgame d'idées révolutionnaires sociales et d'Evangile, laissant entendre que la ville soutiendrait les paysans tentés par la révolte. Mais le duc de Lorraine avait déjà fait mouvement vers l'Alsace pour rétablir dans les campagnes l'ordre ancien et catholique.

Strasbourg ouvrit largement ses portes à ceux qui fuyaient les révoltes paysannes : juif, prêtres, propriétaires terrien, nobles. Elle refusa de donner aide et assistance aux paysans qui se firent massacrer à Lupstein, Saverne ou Scherwiller.

La Réforme fait de Strasbourg une place forte des idées nouvelles et l'engage tout naturellement à devenir le refuge des persécutés et des exilés. Malheureusement, la deuxième partie du siècle s'avéra moins créative et un certain déclin s'opéra à Strasbourg.

C'est dû, certes, à la victoire de l'empereur Charles-Quint sur la ligue des Protestants dont la ville de Strasbourg qui eut pour effet de restituer au culte catholique la cathédrale et deux autres églises.

Une série de faillites de banques dues au non-respect de leurs engagements par les États européens et à une conjoncture récessionniste, déstabilise la monnaie et provoque une forte inflation. Démographiquement la ville régresse et ne compte plus à l'orée du 16o siècle, que 22 000 personnes environ.
Sur tous les plans, sauf celui des fortifications militaire, la cité se fragilise et perd une bonne partie de son prestige en Europe. Elle sera bientôt bonne à prendre...

Du Royaume à la République

Le 17° siècle à Strasbourg comme dans tout le Saint Empire, va être marqué par la guerre de Trente Ans, guerre de religion opposant les princes protestants allemands aux souverains catholiques de l'Empire, les Habsbourg.

La guerre commence en 1618 et se termine en 1648 par le traité de Westphalie. La France sous l'impulsion du cardinal de Richelieu, combattit les Impériaux et surtout les Espagnols (Rocroi 1643).
L'Empire allemand fut affaibli et morcelé au profit des princes. La population perdit plusieurs millions de personnes.

Strasbourg, bien que moins touchée que les autres grandes villes du Saint Empire, fut secouée par des crises économiques sévères qui conduisirent à sa fragilisation et, à plus long terme, à son intégration au Royaume de France.

Patiemment, dans ce dernier quart du 17o siècle, le roi de France Louis XIV, a poursuivi le travail de "Réunion" des landgraviats de Haute et Basse Alsace à la couronne. Il ne lui reste plus qu'à prendre sous sa protection cette ville qui constitue un véritable bastion sur le Rhin. Bastion certes bien armé mais très isolé.
30 000 soldats du roi convergent sur Strasbourg et passent à l'attaque le 27 septembre 1681. La ville est sommée de se placer sous la protection de Louis XIV et d'accueillir une garnison royale.

C'est la capitulation devant un Louvois triomphant qui fait parvenir à Louis XIV le fameux message : "Sire, Strasbourg est à vous". La ville cesse d'être une ville libre d'Empire pour devenir capitale de la province française d'Alsace.

Le 18éme siècle strasbourgeois est un siècle de "passage" : du Moyen Age aux "Lumières" d'une sensibilité plutôt germanique au goût français, d'une ville libre à une ville royale.
Tous les secteurs vont se trouver en mutation profonde y compris l'économique et le religieux bien sûr ; jusqu'à ce que vienne la mutation très violente de la Révolution en fin de siècle.

Strasbourg gagne en esthétique au cours du XVIIIo siècle. Beaucoup de conditions sont réunies pour ce faire : le royaume de France parvient à garantir à la cité une ère de paix de plusieurs décennies, richesse inconnue jusqu'ici ; la créativité à la française alliée au savoir-faire, au soin, au sérieux local fait merveille ; la situation de carrefour qui est celle de Strasbourg lui permet d'attirer et de rencontrer les créateurs et les courants les plus variés et les plus complémentaires.

1789 surprend les Strasbourgeois sans trop les surprendre. Les esprits sont préparés, sinon acquis, au changement. Le 18 juillet, lorsqu'on apprend la prise de la Bastille, la foule se rend à l'actuelle place Kléber illuminée, crie "Vive le roi" et s'en retourne.

Les choses sérieuses débutent le 20 juillet sur l'actuelle place Gutenberg. C'est la mise à sac de l'Hôtel de Ville. Strasbourg, de ville libre royale, va devenir, simplement, chef-lieu du département.

L'homme qui émerge en cette période très troublée est un réformiste, opposé au courant conservateur, élu maire de Strasbourg : Frédéric de Dietrich.

Si les catholiques nobles - le cardinal de Rohan en tête-sont farouchement opposés à la Révolution qui réduit leurs privilèges, les prêtres et les militants de base, eux, lui sont plutôt favorable.

La Constitution Civile du clergé de 1790 à laquelle les prêtres sont tenus de jurer fidélité met le feu aux poudres. Le maire a fort à faire, notamment à calmer les femmes catholiques pas du tout contentes de ce que leur évêques serait désormais élu par les citoyens dont les juifs, les protestants et les non-croyants !

Le maire Dietrich sait adroitement gouverner entre tous les écueils, sera nommé commissaire pour l'organisation du département du Bas-Rhin. Sa notoriété, évidemment, grandit encore lorsque, chez lui, le jeune officier Rouget de L'Isle crée "Le chant de guerre de l'Armée du Rhin" dont les révolutionnaires marseillais feront "La Marseillaise".

Mais la même année où est né ce qui deviendra un jour l'hymne national français, en 1792, les jacobins se déchaînent contre de Dietrich accusé de vouloir livrer la ville à l'ennemi. La Terreur va sévir à Strasbourg pendant deux ans et, avec elle, la misère.

C'est que la Révolution doit combattre, difficilement, les ennemis extérieurs qui sont en Allemagne, notamment à Ettenheim, aux portes de Strasbourg. Elle envoie à Strasbourg deux représentants purs et durs, Saint-Just et Lebas qui mettent la ville à rude contribution.

Sous leur impulsion, l'armée est galvanisée. Hoche bat les Autrichiens à Froeschwiller et au Geisberg. En 1794, l'Alsace est totalement libre de tout envahisseur.
Mais de mauvaise récoltes, la dépréciation des assignats, le marché noir, créent à Strasbourg une crise grave dont de Dietrich va faire les frais. Il est condamné à mort et guillotiné dans la capitale le 29 décembre 1793.

Ne sachant plus qui dévorer, la Révolution mange alors ses propres enfants, l'exécution de Robespierre est accueillie à Strasbourg dans l'allégresse générale. Dans les prisons bien remplies, on pousse des soupirs de soulagement. C'est le grand retour des partisans de de Dietrich et l'apaisement.

A la fin de la Terreur, sous le Directoire, Strasbourg est dans un piètre état. La Révolution a beaucoup cassé, au propre comme au figuré et les Strasbourgeois, animés au départ d'une grande espérance, constatent les dégâts : économie à genoux, pillages, dégradation des monuments, églises utilisées comme porcheries...

La cathédrale est rendue au culte catholique. L'énorme bonnet phrygien qui coiffait sa flèche est enlevé. C'est lui qui, astucieusement, a calmé l'envie de détruire la flèche qui animait les jacobins.

Strasbourg et Napoléon

Avec l'avènement de Napoléon Bonaparte, Strasbourg redevient un carrefour européen de premier plan, tel qu'il l'avait été avant la Révolution.

La paix relative sous le Directoire et le début de l'Empire, favorise la remise en état des routes et du Rhin qui se trouvent être dans un état lamentable. Il a été procédé à la construction d'un nouveau pont sur le Rhin : un ouvrage de 400 mètres de long et 12 mètres de large.

Les relations postales sont étendues : service quotidien entre entre Strasbourg et Paris, 16 routes postales vers l'Europe de l'Est. Mais la grande innovation est le télégraphe optique d'Abraham Chappe. Achevé en 1798, ce système proprement révolutionnaire permet des échanges avec la capitale : 90 minutes pour un message à l'aller et autant pour le retour.

C'est sans doute là, la vraie Révolution. Grâce au Blocus Continental instauré par les Alliés contre Napoléon, Strasbourg connaît dès 1809 une grande croissance économique.

Sous l'ordre napoléonien, la prospérité aidant, science et arts se trouvent relancés. L'ambiance générale est à la détente et au plaisir de vivre. En matière d'architecture, un nouveau style, à la gloire de Napoléon évidemment, se fait jour.
Un certain romantisme s'allie à un style néo-classique. C'est le cas pour le pavillon Joséphine et le théâtre.

Mais bientôt viennent les années noires des défaites, récessions et fatigues...Les feux de l'histoire vont encore se concentrer sur Strasbourg et ce sera pour longtemps.

Les revers militaires de Napoléon Bonaparte conduisirent au blocus du 5 janvier 1814.
La coalition encercle la ville pendant trois mois. Les soldats de la Grande Armée qui se sont réfugiés dans la ville y apportent le typhus qui tuera 3 000 soldats et 600 civils.
La désolation est grande à l'annonce de l'abdication de l'Empereur mais le drapeau blanc hissé sur la Cathédrale, réinstalle la paix sans que les strasbourgeois dont, particulièrement Schulmeister "espion de l'Empereur", ne trouvent à sympathiser avec le nouveau régime de Louis XVIII.

Retour vers l'Allemagne

Le départ de Napoléon de la scène politique installe le règne des notables durant toute la Monarchie constitutionnelle.
De 1815 à 1848 s'instaure un régime dont les uns soulignent la tendance à l'assoupissement, cependant que les autres lui reconnaissent le mérite insigne d'apporter une ère de paix et de bonheur tranquille.

En 1848, la France est secouée par une nouvelle révolution. A Paris, en février, Louis-Philippe doit abdiquer et la IIo République est proclamée. A Strasbourg, les ouvriers et les étudiants se rassemblent.

La ville est en effervescence et finit par se rallier au Prince-Président, Louis-Napoléon Bonaparte. Le nouveau régime apporte à Strasbourg paix et prospérité. Le chemin de fer Paris-Strasbourg est achevé en 1852, des travaux de régularisation du cours du Rhin sont entrepris.

La naissance en Allemagne d'un courant d'hégémonie, les errements des diplomates et militaires français, créent en Europe, depuis 1840, un terrain propice à la guerre.

L'enjeu de celle-ci se cristallise, symboles et Histoire obligent, sur Strasbourg bien entendu. Des annexionnistes allemands veulent voir dans la persistance de la pratique de la langue allemande dans la ville, le signe évident des racines germaniques et l'attachement des Strasbourgeois à ces racines.

Toujours est-il que le 15 août 1870, jour anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte et choisi comme tel par les troupes prussiennes, le général von Werder ouvre le feu sur Strasbourg où se sont réfugiés les débris de l'armée de Mac-Mahon, défaite lourdement à Froeschwiller.

La place de Strasbourg est sous le commandement du général Ulrich rappelé de la retraite. Il fera ce qu'il pourra : la place-forte est démunie, mal entretenue, son armement est de loin inférieur à celui de l'ennemi. Von Werder s'en donne à coeur joie, sans égards pour la population civile.

La cathédrale est incendiée, des vitraux réduits en miette. La ville brûle trois nuits et trois jours de suite...Le 7 septembre, les souffrances de la ville s'atténuent après le désastre impérial de Sedan, l'arrestation de Napoléon III et la proclamation de la République à Paris.

Repère humanitaire et généreux dans tout ce gâchis : une délégation suisse réussit à fléchir le général prussien de laisser partir en Suisse les vieillards, femmes et enfants.

Le traité de Francfort du 10 mai 1871 consacre l'annexion de la ville à l'Allemagne consentie par l'Assemblée nationale française malgré la protestation solennelle des députés alsaciens.
On disposera, Français et Allemands réunis, des Strasbourgeois, des Alsaciens et des Mosellans. La blessure sera profonde.

Strasbourg est pratiquement à genoux en octobre 1870.

La ville est fortement endommagée, sa population souffre de famine, de maladie et d'un hiver rigoureux.
Ses chefs, comme le maire Kuss ou Schneegans, adoptent le parti du réalisme et, au risque de se voir traités de Janus, s'engagent dans une protestation positive.

Entre 1870 et 1918, Strasbourg passera de 85 000 à 180 000 habitants. Le tissu urbain va s'en trouver considérablement changé et les conditions d'habitation tout autant. C'est que l'Allemagne tient à montrer sa puissance et ces capacités en premier lieu à Strasbourg, ville-symbole pour elle : celle-ci devra devenir une place forte militaire de premier rang, rayonner du savoir-faire architectural et urbanistique allemand, témoigner du souci de salubrité, doter la ville qui en a bien besoin de conditions de circulation modernes.

Quantité de bâtiments de prestige sont édifiés en un laps de temps assez court ainsi : le Kaiserpalast (palais de l'Empereur) construit de 1883 à 1887, l'actuelle Bibliothèque Nationale et Universitaire, le Parlement, l'Hôtel des Postes, la Gare Centrale, ainsi que deux églises, Saint-Paul et Saint-Maurice. Sans oublier le Palais Universitaire, les Hospices Civils étendus et modernisés de façon tout à fait remarquable.
Dès 1915, le tramway circule.

De ville essentiellement commerçante qu'elle est en 1870, Strasbourg devient ville portuaire et industrielle. La nouvelle gare relie Strasbourg à l'Allemagne, le port rhénan se développe sur le Rhin en voie de régularisation avec la création du port d'Austerlitz et du Port du Rhin.

Le commerce s'en trouve évidemment stimulé, soutenu par les grandes banques.
Le gaz et l'électricité éclairent la ville, fournissent l'énergie domestique et industrielle.

La ville aura beaucoup changé aussi en matière de population et de société. Une partie des Strasbourgeois a quitté la ville en 1872 ne voulant pas opter pour l'Empire germanique. Les allemands sont venus en gros "bataillons". Vers 1900, ils représentent 40% de la population !

Les Allemands dotent aussi la ville d'une nouvelle université qu'ils souhaitent prestigieuse. Mais trop d'empressement à vouloir germaniser l'élite strasbourgeoise fait que la greffe prend mal.

Les guerres mondiales

De gros nuages noirs s'amoncellent à l'horizon : la Première Guerre Mondiale commence en août 1914.

Strasbourg va subir les séquelles de la guerre comme toutes les autres villes de France et d'Allemagne, mais avec moins de rigueur.

Le maire Schwander a constitué des stocks de vivres et arrive à maintenir des prix équitables.
La ville tient ainsi jusqu'à l'Armistice en novembre 1918. Une révolution "rouge" éclate et se développe du 8 au 20 novembre. Soldats et ouvriers proclament la "République" le 10 novembre. Drapeaux rouges et "gardes civiques" font leur apparition. La confusion est à son paroxysme. L'entrée dans Strasbourg de la 4o armée commandée par Gouraud rétablit l'ordre le 22 novembre 1918.
La guerre est finie.

Mais pour les familles des 3 000 tués à la guerre, les blessures, une fois de plus, sont profondes.

Dans la liesse générale se termine l'épisode du "Reischsland". Strasbourg ignore que 20 ans plus tard ce sera pire. Avec le retour à la France, le malaise latent ne diminue pas.
Bien au contraire.
Il est triple : économique car la France est à genoux, financier à cause du mark revalorisé, sociopolitique par suite du changement de régime.

Politiquement, la ville passe à gauche.

A Paris, le Président du Conseil, Edouard Herriot annonce une assimilation rapide de l'Alsace entraînant, comme conséquences, la suppression du Concordat napoléonien.
L'Alsace, Strasbourg en tête, proteste vivement, et Herriot est contraint de renoncer à l'alignement de Strasbourg sur Paris.

Le Front populaire, n'est pas à l'instar des autres villes. Socialistes et communistes n'arrivent pas à s'entendre : les premiers souhaitent une assimilation rapide à la France, les seconds se sont engagés aux côtés des autonomistes.
Les grèves de juin 1936 ne sont pas massives.
En Allemagne, c'est la montée du nazisme.

Presque tous les partis existant à Strasbourg le condamnent. Les associations autonomistes sont dissoutes ainsi que le parti communiste à la suite du pacte germano-soviétique. L'on s'achemine vers la guerre.

Dès le 1er septembre 1939, Strasbourg est évacuée.

C'est la "drôle de guerre".
Pas si drôle que cela pour les Strasbourgeois qui doivent quitter leurs biens et leur patrie, et voir les familles se scinder...Ils sont accueillis en Dordogne (90 000 réfugiés) et dans l'Indre (30 000 réfugiés). Le 19 juin 1940 le drapeau hitlérien flotte sur la cathédrale.

Le Gauleiter Robert Wagner est chargé de conformer l'Alsace au Reich en l'espace d'une décennie. Ce nazi pur et dur est résolu à appliquer à la lettre les consignes du Führer : faire de Strasbourg une véritable capitale du "Gau Oberrhein" devant comprendre le pays de Bade et l'Alsace.

En octobre 1940, la plupart des Strasbourgeois se sont résignés à rentrer, la guerre étant perdue pour la France.

Des mesures de "re-germanisation" sont rapidement mises en oeuvre : re-baptème des rues, interdiction du français, tolérance du dialecte, défense de porter le béret basque...
Le "Reicharbeitsdienst" exige la mise à disposition de la main d'oeuvre que constituent les jeunes hommes avant leur incorporation dans l'armée.

La répression s'organise et se manifeste par la création de deux camps par les nazis : le sinistre camp d'extermination du Struthof et le camp de rééducation de Schirmeck.

En août 1942 est décrétée l'incorporation de force qui concernera 21 classes d'âge et coûtera la vie à près de 3 500 jeunes Strasbourgeois. La ville subit quelques bombardements meurtriers.

L'aviation américaine détruit une partie du centre-ville en août et septembre 1944.
Les Allemands, ayant retraversé le Rhin en novembre, tirent leurs obus depuis Oberkirch.
Mais on n'en est pas encore là le 21 novembre 1944 lorsque Leclerc reçoit l'autorisation des Américains de tenter un raid sur Strasbourg. Contournant Saverne le 22 novembre, le général qui a fait prêter le serment de Koufra, "jusqu'au jour où nos couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg", fait entrer le sous-groupe Rouvillois par la place de Haguenau et les autres unités par le Neudorf.

Le drapeau tricolore et la croix de Lorraine est hissé sur la cathédrale le 23 novembre même. Mais ce ne sera que le 22 janvier 1945 que les allemands décrocheront définitivement du Rhin.

Le cauchemar est terminé, sauf pour ceux qui ont perdu des êtres chers ou qui devront passer sous les fourches caudines de la suspicion ou de l'épuration. La ville mettra du temps à panser toutes ses plaie. Strasbourg meurtrie, va réapprendre à vivre.

Les déportés et résistants souhaitent des châtiments lourds pour les collaborateurs. Les tribunaux prononcent plus de 4 000 condamnations diverses dont une trentaine à mort.

La guerre a emporté avec elle les partis politiques régionaux. En Alsace, c'est le "Parti Républicain Populaire" adhérent du M.R.P. national qui surgit comme la force politique nouvelle.

Il se veut chrétien, catholique particulièrement avec une fibre sociale affirmée et un engagement fort en faveur de la défense du particularisme alsacien en matière de langue, de culture, de religion.

Le M.R.P est dominé par la stature de Pierre Pflimlin, maire depuis 1959, ministre à plusieurs reprises, président du Conseil en 1958.

En matière d'économie et de croissance, Strasbourg va devenir l'un des pôles les plus dynamiques de France, pays qui connaît le taux de croissance le plus élevé d'Europe.

En 1949 à Londres, 10 états votent le traité instituant un "Conseil de l'Europe" et la ville de Strasbourg est élue à l'unanimité pour en être le siège.

L'histoire d'Argentorate, Argentoratum, Strateburgo, StraBburg et Strasbourg est repartie pour 2 000 ans...